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Elvire Van Staevel, anthropologue (université Lumière Lyon III)

Vous parlez, non sans un certain recul de "l’extraordinaire ascension d’une molécule nommée Dioxine" au regard de sa célébrité, pourquoi ?
Parceque, si la dioxine est somme toute assez banale vis-à-vis d’autres molécules quand on la considère simplement d’un point de vue scientifique, elle est extraordinaire d’un point de vue historique. Jugez plutôt : présente depuis toujours dans la nature dés qu’il y a combustion, elle prend toute sa dimension au titre de 1er "imposteur chimique*" identifié.

Et pour le grand public ?
Ajoutez à cela son implication dans l’accident dramatique de Seveso qui donnera son nom à une directive sur les risques industriels et la voilà "institutionnalisée". Son implication possible dans la guerre du Vietnam achève d’en faire un symbole. L’ "objet scientifique" dioxine prend dés lors un véritable statut "d’objet culturel" dans nos sociétés modernes. La science n’échappe plus au regard anthropologique !

Quel regard peut porter une anthropologue sur une molécule comme la dioxine ?
Au-delà du pur débat scientifique, le questionnement vis-à-vis de la dioxine s’est de lui-même élargi à des questions fondamentales du point de vue civilisationnel, politique, économique et sociétal. C’est assez nouveau, et absolument passionnant.

(*imposteur chimique ou imposteur hormonal : expression utilisée par l’agence américaine de protection de l’environnement EPA pour désigner la capacité d’une molécule chimique à prendre la place des hormones naturelles présentes dans l’organisme)